Il il compte bien se tenir à l’écart

Il fait encore nuit. Strasbourg s’éveille.Une petite pluie fine fait passer la tête aux rares passants. Lesmagasins ouvrent, mais nombre d’enseignes sont encore closes et noires, tandisque d’autres restent allumées pour un rapide rangement, ouvertes seulement au personnelqui s’affaire. Par moments, un tintement annonce un vélo qui passe.

Nathan, latête ailleurs, marche au long des quais. Le canal roule ses eaux calmes etsombres dans un murmure familier. Déjà tout petit, pour se rendre à l’école, il franchissait le pontdu Corbeau en rêvant à tout et à rien ; mais il n’aurait jamais rêvé du trajetqu’il effectue maintenant… de son appartement à son nouveau travail, unrestaurant prestigieux situé dans un bâtiment médiéval aux magnifiques murs depierre, à deux pas de la grande place Kléber ; le centre historique lui donneson cachet, la proximité des centres commerciaux de luxe le met en valeur, etcependant c’est un établissement exclusif, où il est presque difficiled’obtenir une table, même en y mettant le prix.Le Médaillon, ainsi nommé pour sa galerie de portraits en médaillonsqui représentent tous les grands musiciens classiques, au long d’un mur ornéd’une cheminée centrale à l’ancienne, est un club de gentlemen davantage qu’unrestaurant.

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Sa clientèle, tirée à quatre épingles et très cosmopolite, esttoujours d’un tact parfait et d’une discrétion irréprochable – contrairementaux voisins du Ciné-dancing, un grand bar-restaurant à étages souterrains,orienté vers la jeunesse étudiante fêtarde et la jet-set tapageuse, qui refusede vieillir. Dès que Nathan a commencé à travailler au Médaillon, on l’a averti :ne jamais adresser la parole au personnel d’à côté, ce sont des concurrentsdéloyaux. Ils n’hésitent pas à faire monter l’ambiance outre mesure pour dérangervolontairement la clientèle du Médaillon et la dissuader de revenir.

C’est unepetite guerre dans laquelle il débarque, mais il compte bien se tenir à l’écartde tout ça et faire simplement son métier, de son mieux.Il est tellement heureux d’avoir trouvé du travail ici, de toutefaçon, qu’il serait prêt à accepter n’importe quoi. Sa grande fierté, c’est d’être le seul serveur à parler troislangues étrangères parfaitement ; il peut ainsi accueillir les clients venus detoute l’Europe, et il lui semble avoir remarqué que ceux qui reviennent sontsouvent des diplomates, qui prennent un peu de bon temps entre amis après leursréunions dans les grands centres européens tout proches. Ou peut-être continuent-ils au restaurant leurs rendez-vousd’affaires, car certains sont très occupés et répondent à peine quand il vientprendre les commande. Il veille alors à respecter la discrétion de rigueur dansl’établissement. Il s’éloigne, et repasse plus tard, comme si de rien n’était.

D’ailleurs, ces gens en particulier paient toujours rubis sur l’ongle, netarissent pas de compliments sur la cuisine et le service, et versent engénéral des pourboires conséquents. L’un d’eux a suffi au jeune homme pouroffrir un magnifique bijou à sa mère, pour la fête des mères. Il ne peut doncpas se plaindre de sa nouvelle place…

Mais depuis qu’il travaille au Médaillon, il y a tout de même unechose qui retient son attention : un mystère du nom de Blondel. C’est un desdeux chefs de cuisine qui officient normalement, mais il était absent au momentoù on l’a engagé, et depuis, tout le monde attend fébrilement son retour : lepatron a eu beau donner son feu vert, l’équipe et les clients ont eu beaul’avoir adopté, Nathan ne fera pas partie intégrante du personnel tant que Blondelne l’aura pas accepté. Et les autres ont l’air de dire que ça ne sera pas sisimple…Apparemment, le dernier à avoir été engagé avant Nathan, un jeuneAllemand du nom de Theodor qui habite juste derrière la frontière, a subi unsacré bizutage pour être inclus dans l’équipe, et tout le monde s’en souvientencore.

Bien sûr, personne ne veut lui donner de détail, mais il devine qu’ilva y avoir une soirée organisée en son honneur et qu’il devra franchir quelquesépreuves originales. Il faut dire que Nathan est plutôt impatient de découvrirce qui l’attend. Il ne s’inquiète pas, ça ne peut pas être si terrible.

Çadevrait même être amusant.L’ambiance ici est cool, de toute façon ; juste assez stricte pourgarantir l’efficacité du service, mais sans injustices, sans pressionexcessive, et surtout, sans mépris de la part de la hiérarchie. Au contraire,il y règne presque une atmosphère d’égalité. C’est une particularité duMédaillon : tout son personnel est très jeune pour le métier, entre vingt ettrente-cinq ans, y compris la direction.

Il est vrai que le patron a hérité ceposte de son père qui s’est mis à la retraite, mais il est maintenant seulmaître à bord depuis deux ans et il montre un charisme sans failles dans lagestion de son établissement.Après avoir fait quelques petits contrats, en sortant de l’écoled’hôtellerie-restauration, Nathan a vu bien d’autres types de groupesfonctionner plus ou moins bien, et il préfère largement être ici que, parexemple, dans une équipe mixte pleine d’histoires sentimentales quis’enveniment, ou dans une équipe majoritairement féminine qui échange desragots à longueur de journée. Bon, les hommes ont leurs désavantages ; unhumour qui n’est pas toujours très fin, par exemple. Theodor, qui estmaintenant cuisinier, lui a déjà mis la main aux fesses plus d’une fois en levoyant passer avec son petit tablier blanc ; dans son esprit, c’est sans doutetrès comique, mais Nathan commence à trouver ça un peu agaçant. Cela dit, iln’y fait pas spécialement attention, et puis, ce n’est pas cher payé pourtravailler avec des gens qui pourraient être ses amis hors du boulot !